11-02-2015

L’Europe

Résumé

La création de l’Euro a supprimé l’ajustement économique par la devise en période de crise économique. Sans cet ajustement, les pays consommateurs ne profitent plus d’un gain de compétitivité en période de crise (car la baisse des salaires est un sujet trop sensible au niveau social). A l’inverse, les pays exportateurs ne subissent plus les conséquences de l’appréciation de leur monnaie qui rendait leurs produits trop chers (i.e. diminuait leur compétitivité) : si les pays exportateurs ne redistribuent pas une partie de leur gain pour aider les pays consommateurs à ajuster leur économie, la monnaie unique ne pourra pas fonctionner et devra être abandonnée.

Pour comprendre les problématiques liées à l’Euro, il faut avant tout comprendre quel était le fonctionnement des économies des états européens avant la monnaie unique.

Comment cela fonctionnait-il avant ?

Tout d’abord, il existe plusieurs types de modèles économiques, mais nous pouvons en identifier deux principaux en Europe : les pays exportateurs (par exemple l’Allemagne) et les pays consommateurs (par exemple la France). La balance commerciale (la différence entre les exportations et les importations) est positive pour les premiers et négative pour les seconds. Il est important de noter qu’il n’y a pas un modèle meilleur que l’autre : il s’agit de modèles différents, qui ont tendance à s’équilibrer sur l’ensemble du cycle économique comme nous allons tenter de l’expliquer.

Avant la monnaie unique, les échanges commerciaux nécessitaient des échanges de monnaie. Par exemple, la France échangeait des Francs contre des Deutschemark pour payer les produits qu’elle souhaitait acheter et importer. Le Franc avait donc tendance à se déprécier contre le Deutschemark puisque chaque nouvel achat de produit allemand nécessitait de vendre des Francs pour acheter des Deutschemark.

Les crises économiques viennent souvent du fait que les pays ont tendance à se satisfaire de leurs modèles économiques et ne tentent pas de l’équilibrer : les déficits et surplus des balances commerciales augmentent jusqu’au moment où ils donnent lieu à une forte dépréciation de la monnaie des pays consommateurs (ou appréciation pour les pays exportateurs). Deux conséquences découlent de cet ajustement des devises :

Prenons un exemple pour bien comprendre ce point. Considérons un salarié français payé 5 000 francs par mois ce qui équivaut à 500 deutschemark. En période de crise, le franc se déprécie contre le deutschemark et 5 000 francs ne valent plus que (par exemple) 400 deutschemark : le salarié français devient plus compétitif vis-à-vis de son homologue allemand (un gain de compétitivité de 20%). Cette baisse de la monnaie affectera le français lors de ses voyages outre-rhin ou lors de la consommation de produits importés d’Allemagne : il y aura donc une hausse des prix de certains produits en France (i.e. une hausse de l’inflation).

Il faut également se rappeler que les pays exportateurs ont accepté la monnaie des pays consommateurs pendant les années précédents la crise : ils enregistrent donc une perte financière liée à la dépréciation de ces devises.

Finalement, sur l’ensemble d’un cycle économique, les devises des pays consommateurs ont tendance à se déprécier par rapport aux pays exportateurs et l’inflation y sera plus élevée. Le pays exportateur se sera progressivement enrichi du fait de l’appréciation de sa monnaie, mais aura également subit une crise économique (chute de ses exportations) ainsi qu’une perte de capital liée à la dépréciation des devises encaissées au cours des années précédant la crise.

 

Comment cela fonctionne aujourd’hui

Aujourd’hui, il existe toujours des pays exportateurs et des pays consommateurs, mais l’ajustement par la monnaie que nous avons expliqué dans le paragraphe précédent ne peut plus s’opérer.

En cas de crise économique, les pays consommateurs ont toujours besoin d’un gain de compétitivité pour équilibrer leur balance commerciale, mais puisqu’ils utilisent une monnaie unique, ce gain doit passer par une baisse des salaires.

Reprenons notre exemple des salariés français et allemand. Avec l’Euro, le salarié français est payé 1000€ par mois, et le salarié allemand est également payé 1000€ par mois : pour avoir un gain de compétitivité identique à l’exemple précédent (i.e. de 20%), le salarié français devra baisser son salaire de 1000€ à 800€.

La problématique est avant tout sociale : les baisses de salaires sont très difficiles à faire accepter aux salariés, surtout en période de crise économique et les hommes politiques ne souhaitent pas leur en imposer. En terme économique, il ne devrait pas y avoir de différence entre les deux situations. Cependant, certains exemples européens nous ont permis de constater que lorsque les baisses de salaires sont actées, la consommation chute et la crise économique empire.

En conséquence, avec l’Euro, les salaires des pays exportateurs et des pays consommateurs ont tendance à rester assez proche. Ainsi, les pays exportateurs gardent leurs avantages concurrentiels et continuent d’exporter leurs produits alors que les pays consommateurs ne peuvent profiter d’aucune aide pour rétablir leur économie : pas de gain de compétitivité, pas d’aides financières extérieures et une interdiction de recourir à un stimulus fiscal (i.e. à une injection d’argent publique) puisque l’Europe impose de respecter une certaine discipline budgétaire (déficit inférieur à 3% du PIB, voir positif pour les pays dont l’endettement dépasse 60% du PIB)

Politiquement, il n’est pas surprenant de constater que l’ajustement des salaires n’a pas été effectué dans la plupart des pays consommateurs : le coût associé y est trop important. Ce qui est surprenant, par contre, est que les pays exportateurs n’ont supporté aucune conséquence de la crise économique. En effet, leur devise ne s’est pas appréciée (donc pas de chute des exportations) et la devise qu’ils avaient reçue au cours des années précédentes ne s’est pas dépréciée puisqu’il s’agit d’une seule et même monnaie : l’Euro !

 

Solutions

La solution est évidente : avant l’Euro, en cas de crise économique, les difficultés étaient supportées par l’ensemble des pays du fait de l’ajustement des devises. Avec l’Euro, il est important que ce partage soit toujours en place : il faut donc qu’en cas de crise, les pays exportateurs partagent une partie de leurs gains avec les pays consommateurs (comme c’est le cas entre les états des Etats-Unis ou entre les régions françaises etc…). Sur le plan de la compétitivité, les salaires des pays exportateurs doivent augmenter au même titre que celui des pays consommateurs doit baisser : il s’agit d’une variation relative, et pas absolue!

Demander que l’ensemble des coûts d’une crise économique soit supportée par un pays en difficulté sans ajustement de sa monnaie, sans aide financière, et sans relance budgétaire n’a aucun sens : il n’aura ni la flexibilité économique, ni la force politique de le faire.

Sans la mise en place d’un tel mécanisme d’ajustement, la monnaie unique ne peut pas fonctionner. Il faut l’accepter ou abandonner.

Publié par ideedeloi dans Economie | RSS 2.0

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